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2021, risque de surchauffe pour le dialogue social

L’année 2020 a revitalisé le dialogue social et le gouvernement l’a bien compris. Pour autant, est-ce suffisant face à l’agenda social brûlant de 2021 ?

2020 a donné un nouveau souffle au dialogue social interprofessionnel

Selon les mots du Président de la République en mars 2020, nous sommes aujourd'hui en guerre contre la Covid-19. Cette guerre, à l'instar des deux conflits mondiaux du XXe siècle, va bouleverser les schémas établis et rebattre les cartes dans de nombreux domaines. Il en est un où l'on peut d'ores et déjà observer une revitalisation certaine, celui du dialogue social.

 

En effet en 2020, on a pu observer le retour de grands accords nationaux interprofessionnels (ANI) sur des thématiques prioritaires dans le cadre de la crise sanitaire.

 

Tout d'abord les accords issus du Ségur de la Santé qui s'est tenu du 25 mai au 10 juillet 2020 et qui visait à répondre aux revendications insistantes des soignants sur leurs conditions de travail. Offrir plus de moyens et de reconnaissance au personnel de santé, en première ligne de la crise sanitaire apparaissait pour tous, et en premier lieu pour le gouvernement, comme incontournable et urgent.

Cette grande concertation a abouti à la signature d'accords entre le Gouvernement (représenté par le Premier Ministre Jean Castex et le Ministre de la Santé Olivier Véran), une majorité des syndicats (CFDT, FO, UNSA) et des représentants du personnel de l'hôpital public. Ces accords ont répondu en partie aux attentes du secteur. [1]

 

On peut également citer l'ANI du 9 décembre 2020 pour une prévention renforcée et une offre renouvelée en matière de santé au travail et de conditions de travail entre le patronat et quatre grandes fédérations syndicales : CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC. Seule la CGT s’est opposée frontalement à la signature de l’accord [2].

 

Enfin, l'accord du 26 novembre 2020 sur le télétravail est symbolique de ce renouveau du dialogue social. En effet, le patronat et quatre syndicats (CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) se sont mis d'accord sur un dispositif fondé sur le dialogue entre l’employeur et les salariés.

Ainsi, l’éligibilité des postes au télétravail est fixée par proposition de la direction mais soumis à la consultation du Comité Social & Economique, la mise en place du télétravail peut et doit se faire dans la concertation via un accord ou une charte conclue de gré à gré et enfin, les modalités du droit à la déconnexion et à la vie privée doivent faire l’objet d’un dialogue avec les employés concernés ou le CSE. [3]

 

Cette revitalisation du dialogue social tombe à point nommé pour le gouvernement qui en a fait l'un des principaux outils pour gérer les dossiers sociaux qui s’accumulent.

 

Des dossiers explosifs en 2021

Jean Castex l'a déclaré lors de sa prise de fonction en juillet 2020, "le dialogue, l'écoute et la recherche des compromis : voilà les leviers d'une démocratie apaisée". [4] Il faisait donc du dialogue social une priorité pour adresser les grands défis qu'affronte le pays dans ce contexte inédit.

 

Cependant, la grogne monte à propos de la posture de l’exécutif que cela soit du côté du patronat ou du côté des syndicats de salariés. Tous reprochent un manque d'écoute de la part du gouvernement au point que les cinq grandes fédérations syndicales se sont fendues d'un courrier mi-octobre à destination de Matignon demandant une véritable écoute des partenaires sociaux.

 

Le gouvernement va donc devoir veiller à ne pas casser l'outil du dialogue social pour gérer un agenda social 2021 qui s'annonce ardu !

Il faudra bien sûr gérer la suite des conséquences de la crise du Covid-19 sur l'emploi et les entreprises des secteurs les plus impactés : hôtellerie, restauration, tourisme, transports, culture…. Sia Partners a d’ailleurs réalisé une étude en 2020 auprès de 250 entreprises sur les impacts de la crise sanitaire sur l’emploi, 25% d’entre elles comptent réduire leurs effectifs en 2021 ! [5]

 Le gouvernement devra aussi composer avec les plans sociaux annoncés dans certains grands groupes (Sanofi, Airbus, Michelin…).

 

Mais surtout, certaines réformes mises de côté au plus fort de la crise sanitaire vont être remises sur la table.

La réforme de l'assurance chômage tout d'abord avec au 1er avril 2021 la mise en œuvre d'un certain nombre de mesures visant à accélérer la reprise d'activité des demandeurs d'emploi (dégressivité de l'indemnisation pour les revenus supérieurs à 4 500 euros par mois et allongement à six mois de la durée de travail minimale pour être éligible à l'indemnisation). Les partenaires sociaux sont invitées à reprendre les concertations dès ce mois de janvier mais certains syndicats demandent au gouvernement de "repartir d'une feuille blanche".

 

La réforme du système de retraites doit, elle aussi, être relancée en 2021. Cependant, les partenaires sociaux sont toujours vent debout contre les mesures annoncées et tout manque de dialogue sera sanctionné par les mêmes mouvements qu'en janvier 2020 où des milliers de personnes étaient descendues dans la rue pour réclamer l'abandon de la réforme.

 

Le dialogue social se retrouve donc aujourd'hui dans la lumière car il a permis au monde du travail de trouver des clefs pour surmonter les soubresauts dus à la crise sanitaire. Le gouvernement en a bien conscience et promeut le dialogue social en étendard. Pour autant, les critiques sont nombreuses et le manque d'écoute ou de réaction des ministres sur certains dossiers risque bien vite de ramener le dialogue social constructif de 2020 à la logique d'opposition frontale que nous connaissons bien trop souvent en France. Dialoguons, écoutons et agissons pour faire de cette crise un tremplin vers un véritable apaisement général des relations sociales.

Sources

[1] Le Monde : « Ségur de la santé : de l’argent et des questions » 15/07/2020

[2] https://www.editions-tissot.fr/actualite/sante-securite/accord-national-interprofessionnel-sur-la-sante-au-travail-affaire-presque-conclue

[3] Le Monde : « Ce que contient l’accord sur le télétravail signé par les syndicats : un « double volontariat », la prise en charge des frais et le droit à la déconnexion » 27/11/2020

[4] Le Figaro : « Fin de la lune de miel entre Jean Castex et les syndicats » 7/01/2021

[5] Etude Sia Partners, 2020, « DRH vs. COVID-19 : Après la gestion de l’urgence, la préparation de la sortie de crise »

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